Procès Tasin :chronique judiciaire d’une république finissante

Je me dois de relater mes impressions de citoyens lambda ayant accepté de témoigner  au procès en correctionnelle de Christine Tasin devant le tribunal de Belfort en date du 2 Juillet .

J’ai accepté avec une grande motivation de témoigner sur le problème technique posé par les abattoirs temporaires de l’Aïd et plus particulièrement celui de Belfort qui a été un cas d’école sur le plan de la transgression de toutes les normes en matière de sécurité sanitaire et le procès en « sorcellerie » de Christine Tasin m’en donnait l’occasion.

J’ai donc pu suivre le déroulement de ce procès, partiellement, car j’ai été tout d’abord été écarté des débats du fait de mon statut de témoin, et isolé hors de la salle. 

Arrivé à la barre pour témoigner le moment venu, après les paroles « sacramentelles », reliquat d’un décorum et d’une autorité judiciaire dont nous allons voir ci après ce qu’il en est advenu, j’ai voulu exposer le sens de mon témoignage, c’est-à-dire le fond de l’affaire et la problématique d’un abattoir temporaire.

Le président m’a aussitôt interrompu  en me disant sans ménagement et avec un certain mépris que ce n’était pas le débat, qu’il s’agissait  d’une plainte pour incitation à la haine. Renvoyé sans ménagement, je regagnais sagement le fond de la salle, après quelques tentatives d’explications, on ne se refait pas, j’ai été éduqué dans le respect de l’autorité…

Le meilleur allait venir. 

S’engageait alors le défilé des plaignants, tous imprégnés du discours convenu sur les valeurs républicaines. Le Président de la cour témoignait à leur égard d’une mansuétude sans borne, les morigénant avec amabilité sur le fait qu’ils n’avaient pas soumis les statuts de leur association au tribunal : vous me le communiquerez à l’occasion mon brave ! J’exagère à peine… Moi qui croyais naïvement qu’avant d’instruire une plainte il était indispensable d’examiner « l’intérêt à agir » du plaignant … Les règles auraient donc changé ? !

L’organisateur de la fête, un certain Mr N’Diaye, vient à son tour à la barre. Il explique au président, longuement, les aspects techniques de la fête, sans être interrompu bien entendu comme je le fût pour propos hors sujet, et  bien sûr, sans  que je sois rappelé pour apporter la contradiction ce qui eut été normal dans le cadre d’un véritable débat contradictoire qui est un des principes fondamentaux du droit. Il fait croire que la préfecture et tous les services de l’Etat avait avalisé une organisation au dessus de tout soupçon et exemplaire. La cour l’écoute religieusement.

Puis vint le réquisitoire du procureur ! Alors là on atteignait les sommets ! La République était en danger, il fallait sonner le tocsin et on eut cru, pour ceux qui ont connu les premiers albums de Spirou,  les diatribes du maire de Champignac qui ont marqué ma jeunesse ( « les brebis galeuses qui rampent parmi nous, brandissant haut l’étendard de l’anarchie »)

N’en pouvant plus je sortais avant la fin de la salle d’un procès qui était totalement déconnecté de la réalité, flottant dans une logorrhée sans contact avec le réel.

Il y a donc une justice à géométrie variable. Rien de nouveau sous le soleil («que vous soyez puissants ou misérables les jugements de cour vous rendrons blancs ou noir ») mais c’est instructif pour nous montrer où sont les puissants du moment.

Décision du tribunal le 8 Août, et quelle qu’elle soit, les motifs d’appel ne manquerons pas, si la notion de droit a encore une pertinence dans notre douce France.

Quelle que soit l’opinion que l’on porte au sujet des propos incriminés à Christine Tasin, cela méritait beaucoup  mieux , c’est le sens de la présente mise au point .

Alain de Peretti

Vétérinaire

Président de « Vigilance Halal »

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